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Quand la rentrée te rentre dedans

J’enseigne depuis maintenant 14 ans. J’aime penser que chacune de ces années m’a apporté de l’expérience, de la sagesse et des outils afin de faire face à toutes les situations qui peuvent survenir dans ma classe. C’est également depuis un peu plus de quatorze ans que je suis maman. J’ai deux belles grandes filles qui ont chacune leur parcours bien à elles. C’est vraiment mon rôle de maman qui a fait de moi l’enseignante qui veut absolument que ses élèves se sentent bien dans la classe. L’enseignante qui veut offrir des outils adaptés, des sièges variés, des activités qui répondent à chacun de leurs besoins. C’est aussi grâce à elles que je suis devenue l’enseignante qui veut que ses élèves ressentent à quel point ils sont tous importants à ses yeux.
J’ai toujours eu espoir de dire que les enfants difficiles n’existent pas… Qu’au fond, c’est que nous ne trouvons tout simplement pas comment les aider convenablement. C’est en partie vrai. Parfois, on ne sait pas comment les aider. Parfois, on le sait, mais le système ne nous le permet pas tout à fait et parfois ça prend bien des années avant de voir cette transformation. Mon expérience m’a permis de réaliser qu’avec de la patience, de bons outils et de bonnes conditions, les enfants peuvent éventuellement avoir assez d’outils pour devenir une meilleure version d’eux-mêmes. Les petits « Hulk » peuvent éventuellement devenir des êtres doux.


Pixabay

C’est un très long préambule, je le sais, mais il est important.

Cette année, je me sens échouer dans ma mission.  J’ai un petit « Hulk » dans ma classe qui explose parfois jusqu’à 6 fois dans la journée.  Sous ses airs renfrognés et colériques, j’ai entraperçu le plus beau des sourires. Un sourire à faire fondre le plus gros des glaciers. J’ai également senti notre lien se tisser alors qu’il venait me donner un câlin maladroit tout en échappant mon sablier liquide qui s’est alors fracassé au sol.  Son visage tout crispé m’a alors fait un pincement au cœur et j’ai insisté pour qu’il regarde mon visage compréhensif et entende bien ma voix rassurante dire que ce n’est pas grave, que des accidents ça arrive.  J’ai aussi compris qu’il se sentait en sécurité quand il se faufilait sur mes genoux pour m’aider à filmer une activité sur Seesaw.  J’ai tout de même quelques minuscules victoires à mon actif dans notre relation. 

L’échec que je ressens vient du fait que malgré tout ce que je mets en place, ce n’est pas suffisant. Du temps et des moyens, il m’en faudrait tellement plus.  Je pourrais alors m’occuper de lui et suivre son rythme et ses humeurs.  Cependant, je dois aussi m’occuper des 23 autres élèves de ma classe.  Cette cohorte, qui a été qualifiée de difficile depuis la maternelle, c’est maintenant à moi de m’en occuper, de l’aimer, de la faire cheminer.  Depuis un mois, je m’efforce de répondre aux besoins de chacun d’entre eux, mais je n’y arrive absolument pas.  Je n’arrive pratiquement pas à enseigner.  Je dis à la blague à mes collègues que j’enseigne seulement de l’éthique depuis le début de l’année, même si je sais que dans le fond, j’enseigne bien plus que ça.  J’enseigne la tolérance, l'acceptation, l’empathie, les habiletés sociales… Je tente de gérer mon petit « Hulk » et je dois m’occuper de mes petits gigoteux, de mes anxieux, de mes élèves avec des difficultés langagières, de ceux qui voient la vie déjà bien trop négativement, de mes assoiffés d’apprendre, de mes petits curieux, de mes cocos en éternelle recherche d’affection, de ceux qui ont encore du mal à écrire une phrase et des autres pour lesquels les mathématiques déclenchent systématiquement des maux de ventre.

Malgré ma bonne volonté, malgré mon expérience, je me sens échouer.  Je ne me sens pas compétente.  C’est difficile à admettre et encore plus à écrire.  C’est difficile d’avouer à sa direction d’école que je ne suis pas à la hauteur du défi proposé.  Il y a plus d’un mois que je ne fais pas mes nuits et que le mal de cœur m’assaille en arrivant à l’école. Cet aveu, même s’il est affreux, fera peut-être bouger la grosse machine administrative. À plusieurs, on trouvera certainement un moyen de soutenir mes élèves et possiblement de me permettre de leur offrir le milieu et l’enseignement qui leur convient.

En écrivant ces lignes, je me sens vulnérable.  Vous me jugerez probablement et c’est bien correct.  J’ai débuté mon blogue dans le but de partager et d’aider les autres enseignants et les élèves.  Certains s’imaginent que je suis Wonder Woman, mais non.  Je suis humaine.  Ça aussi je dois le partager. Après tout, même Super Man avait ses moments de faiblesse non? Et puis, si ça peut aider d’autres enseignants, ça en vaut le coup.

Mon défi pour les prochaines semaines sera probablement de continuer de miser sur les petits humains qui me sont confiés du mieux que je peux.  C’est déjà ce que je fais vous me direz… Vous avez raison.  Mais je devrai le faire sans me sentir incompétente si les résultats ne sont pas aussi rapides ou satisfaisants que je le souhaiterais. Une année scolaire, même avec les meilleures intentions, c’est souvent bien insuffisant pour voir une réelle transformation chez certains élèves. Ce n’est pas facile pour l’enseignante que je suis qui cherche toujours à s’améliorer et à offrir mieux à ses élèves.  C’est un peu comme faire un grand pas en arrière.

Après tout, parfois il faut reculer pour mieux avancer.  

Pleine d’espoir, 

Commentaires

  1. Beau témoignage Valérie. C'est bien de le partager car je suis convaincue que plusieurs sont dans le même bateau et vont se sentir moins seuls en te lisant.

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  2. Bon courage Valérie. En lisant ton blogue, je voyais exactement ce qu'une de mes collègues est en train de vivre. Elle aussi, elle est super découragée.
    Accroche-toi, demande (et redemande) de l'aide et surtout, ne t'oublies pas...prends soin de toi. Peut-être que tu pourrais avoir un bénévole qui viendrait te prêter mains fortes? Une travailleuse sociale en milieu scolaire ou encore mieux, une éducatrice pour ton petit "hulk"? J'enseigne en Ontario alors je ne suis pas certaine comment cela fonctionne chez vous. Mais en tous cas, sache que ton message va encourager les autres profs qui comme toi ont une passe difficile. Et surtout, ne te décourage pas. Je suis certaine qu'à la longue, tu vas y arriver. Je ne te connais pas, mais je t'envoie quand même un gros câlin virtuel. :-)

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  3. Bravo, Valérie! Cela arrive à chacun ou chacune dans notre vie de prof... Prenons une journée à la fois...

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  4. Bon matin, Valérie. Je te souhaite de prendre bien soin de toi cette année. Comme dans un avion, l'adulte doit mettre son masque avant de mettre celui de l'enfant. Trouve une façon d'évacuer tes journées. Moi, je fais ma méditation en nageant des longueurs losque j'en reçois le besoin. Puis, l'exercice me garantit le sommeil qui est parfois rendu segmenté lors des années scolaires plus difficiles.

    J'approche la retraite, 2022, j'ai un bagage varié enenseignement et depuis plusieurs années, je me dis que lorsque j'ai des élèves avec de lourds défis, qu'ils ont quelque chose à m'apprendre autant que moi j'ai quelque chose à partager avec lui ou elle. J'habite un village et j'ai la chance de voir ces jeunes grandir, devenir adultes et souvent mes voisins. Puis, c'est souvent avec ces élèves qui étaient turbulents que j'ai les rencontres les plus chaleureuses et les discussions les plus stimulantes plus tard.
    Alors, il se peut que tu te sentes moins efficaces cette année, mais si tu restes authentique en véhiculant tes valeurs, tu vas avoir fait bien plus que ta job.
    People remember how you make them feel....Maya Angelou

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  5. Je t’entend et te comprends si bien. Ne perd pas espoir, Tout le monde passe par des moments difficiles et des moments où on ne se sent pas à la hauteur. Même après 25 ans d'enseignement, j'ai eu des années avec des élèves que je n'ai pas pu aider. Nos petits trésors nous arrivent avec tant de difficulté ces jours-ci qu'il est difficile de garder le cap. Mais ton petit Hulk sais bien qui tu es et que tu l'aimes, et c'est probablement ce dont il a le plus besoin dans sa petite vie si difficile.

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  6. Nous vivons tous et toutes ce sentiment à quelque part dans notre parcours. Malheureusement, des petits Hulk, il y en a de plus en plus et quand nous avons à coeur leur bien-être, on se sent impuissant parce qu'on a l'impression de ne pas être à la hauteur. Même après 27 ans d'expérience, ce sentiment m'habite toujours!

    Il faut demander de l'aide et ne pas hésiter à être la voix de ces jeunes qui ont tant besoin.

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  7. Salut,

    N'hésite pas à prendre une pause pour prendre soin de toi, aussi. C'est dur, je sais, mais l'épuisement peut rapidement débouler en dépression et, plus longtemps on s'enfonce sans se l'admettre, plus difficile est la remontée.

    Je t'envoie du soutien et de l'amour <3

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  8. Je n'ai pas ton expérience puisque je débute ma 4ème année mais j'approche la quarantaine, donc j'ai une autre expérience. L'an dernier, j'ai eu un grand hulk, en CM2. Je n'ai pas réussi... J'ai échoué... Il a finalement été "déplacé" pour des violences inacceptables, en février. Un échec pour toute notre école mais, je dois l'avouer, un soulagement pour les 26 autres élèves de ma classe REP+.
    Il aurait dû être en ITEP. Mais pas de place. J'ai échoué. Même si, au fond, je crois que je sais que je ne pouvais pas l'aider dans les conditions dans lesquelles j'étais (27 élèves de CM2 dans un quartier en REP+, tout simplement), j'ai échoué.
    Alors je ne peux que compatir car malheureusement, je n'ai pas de solution. J'ai appelé à l'aide mais sans doute trop tard.
    Les conseillers péda, psy et autres personnes qui gravitent autour de nous auraient peut-être pu m'aider à trouver une solution ? Je n'en sais rien. EN tout cas, n'hésite pas à appeler à l'aide, à te rapprocher des gens bienveillants qui existent, heureusement, dans notre métier. Parfois, un regard extérieur peut être utile. Plein de courage...

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    1. Chers collègues, lorsque vous ne "réussissez" pas avec un élève, ne prenez pas ça comme un échec. Nous ne pouvons pas tout contrôler. Nous leur donnons de l'amour dans un encadrement clair et sécurisant. Ils font un bout de chemin dans nos classes. C'est "plate" quand on donne tout ce qu'on a et qu'on ne voit pas les résultats qu'on se fixe. Par contre, si je donne à l'enfant qui je suis, mes talents, mon amour, mon encadrement ET si je n'ai pas d'attentes, je me fais moins mal comme prof. Sans attente, peut-être que ça me libérera de voir les pas minuscules que l'élève fera avant de nous quitter. Sans s'en rendre compte, ça va enlever une pression sur l'enfant de performer. Ces enfants nous arrive avec tout un bagage. Souvent, ils ont besoin de savoir que malgré leurs comportements, nous allons les aimer quand même. Pas toujours facile pour nous, mais essentiel pour eux. Prenons soin de nous, demandons de l'aide au besoin.

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  9. Vous êtes merveilleuse parce que vous êtes humaine justement... tellement authentique, remplie d'amour et d'une si belle volonté. J'aimerais que mes enfants aient la chance d'avoir une enseignante comme vous. C'est sûrement utopique... mais si les parents vous aidaient un peu dans ce travail?... Si les parents coopéraient avec vous pour donner du temps, des enseignements... Il me semble qu'en tant que parent d'un enfant dans votre classe, j'aurais vraiment envie de m'impliquer! De donner quelques heures ici et là, pour vous permettre à vous d'en faire plus. À plusieurs ça pourrait peut-être fonctionner! Vous ne devriez pas avoir à faire tout ça toute seule!

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  10. Bonjour Valerie! Bravo pour ton courage et ton humilité. En écrivant ce texte, tu montres à tous que tu es une enseignante extraordinaire, qui a le souci d'être professionnelle jusqu'au bout des doigts... mais qui a aussi des limites... Tu fais preuve d'humanité en écrivant ces lignes...
    Je tiens à te dire que j'aurais pu écrire ce texte, je me reconnais beaucoup dans ce que tu dis. À la différence peut-être, j'ai de l'aide pour un certain temps dans la classe... Je suis consciente que ce n'est pas la réalité dans tous les milieux... J'aurai une pensée pour toi en entrant travailler demain! Bon dimanche!
    Geneviève

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  11. Ma chère Valérie,

    Tu fais preuve de courage que de partager ce bout de chemin avec nous. Et c'est le plus beau partage que tu aies fait depuis le début...parce que c'est un partage humainement profond.

    Sache qu'après 16 ans de carrière, j'ai aussi mes doutes et il m'arrive aussi de me sentir vulnérable alors tu n'es pas seule ;). L'important c'est de ne pas rester seule, d'oser en parler et de s'entourer d'autres personnes pour nous soutenir, nous appuyer et trouver des solutions. Et, même si ce n'est "que" virtuel, sache que je suis là aussi pour "t'écouter" et peut-être t'aider à trouver des solutions.

    Et pour appuyer ta réflexion, il est vrai que notre système a besoin d'une sérieuse mise à jour. Les enfants que l'on accueille dans nos classes sont différents de ceux d'il y a 50 ans, 30 ans et même d'il y a 10 ans... Nous devons actualiser notre système éducatif et ce rapidement afin de pouvoir répondre aux besoins des élèves. Et ça, tu ne dois pas porter ce "fardeau" seule, fardeau qui devrait se porter collectivement. C'est ensemble que nous devons faire bouger les choses...

    Maintenant, comment peut-on partager notre ressentiment collectif à nos élus? On se regroupe? Une amie a démarré un regroupement, c'est peut-être le début... On écrit une lettre aux ministres? On démarre une pétition? On crée une action collective? Je souhaite joindre ma voix/voix à la tienne pour décrire une situation que tu n'es pas la seule à vivre...

    Prends soin de toi, surtout, c'est ce qui te permettra d'avancer et n'oublie pas que tu n'es pas seule...

    Zazou468
    http://laclassedezazou.eklablog.com

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  12. AHHHHHHHHH ! Quel beau témoignage empreint de vérité, d'actualité et de sagesse, malgré toutes les émotions que nos élèves en très grandes difficultés peuvent nous faire vivre. Ton texte est par le fait même un appel à l'aide...chaque classe devrait avoir son éducateur spécialisé à temps plein pour ces jeunes qui en demandent davantage. Désolant de constater également que les autres élèves, qui ont les capacités d'apprendre plus rapidement, ne peuvent le faire dans ce contexte. Les changements ne s'opèreront pas de sitôt dans nos milieux...garde ta fougue, ta passion...ta vocation ! tu es un modèle à suivre ! Voici un texte que j'ai publié cette semaine et qui traite également du sujet, mais au secondaire…http://lajournaliste.com/180-jours-serie-documentaire-essentielle-automne/

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  13. Merci infiniment pour ce merveilleux partage. Je vais prier pour vous.

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  14. Chère Valérie,
    J'ai l'impression que tu racontes mon histoire. J'ai cependant 25 années d'expérience et je suis une maman de 5 enfants. Malheureusement, je constate à présent que j'enseigne plutôt à des classes d'adaptation scolaire et non plus à des classes régulières. Est-ce mon choix? Non. Mes classes d'autrefois me manquent. On m'informe que ça n'existe plus.... Bon, s'il en est ainsi...
    Je te souhaite donc d'obtenir l'aide dont tes élèves ont besoin ( et méritent) et cela rapidement. Il ne faut surtout pas oublier ceux qui subissent 《 Hulk 》! Éventuellement, ils développeront eux aussi de l'anxiété, du stress, des difficultés d'apprentissage ou encore des problèmes de comportement! Ça je le sais...
    😐 Virginie

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  15. Merci pour ton partage Valérie. Le plus beau cadeau que tu peux leur offrir est de continuer de les aimer, continuer de leur enseigner à être de meilleurs petits humains. Le contenu de ton cours est très important, mais l'enseignement que tu fais présentement va changer leur vie pour toujours! Je t'encourage à continuer, et à célébrer les progrès, aussi petits soient-ils!

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  16. Merci pour ce billet! Cela prend beaucoup de courage. Il y a des années comme celle que tu vis présentement qui nous épuise, où on se sent comme des citrons complètement pressés. Mais il y a d’autres années plus douces... Je t’envoie du courage, des ondes positives. N’hésite pas à demander de l’aide. Nous sommes encore tôt dans l’année. Parfois les changements prennent du temps. XX

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  17. Merci pour ton partage! Il est dommage de constater le manque de soutien qu'on peut "subir" dans ses moments-là. Ce que j'ai appris par le passé c'est Moi d'abord! Si tu te sens bien , tu peux mieux intervenir. Ne t'oublie surtout pas. On fait ce qui est humainement possible. Tu vas le amener un pas plus loin et pas tous de la même façon. Bon courage cette année :)

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  18. Ne lâche pas Valérie! Ce n'est pas une expérience facile, mais on en ressort plus fort et mieux outillé! Bon courage!

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  19. Bonsoir Valérie, je comprends bien ton tourment! Tu sais pour avoir été conseillère pédagogique quelques années... Je vais aller dans les solutions. Pour le lien, tu as un petit Hulk... Va par les similitudes... WOW, tu aimes la même chose que moi... Ou j'aime la même chose que toi! Tu fais du ski... MOi aussi! Dis lui qu'il a les yeux de sa mère... Si c'est le cas... Ou dis lui WOW tu ressembles beaucoup à ton papa... Laisse le continuer à t'approcher... De plus, fais le dépendre de toi! Sans le montrer, rends toi indispensable pour lui. Une correction.... Où il a besoin de toi! Ou s'il cherche quelque chose,sois stratégique.... Tu dois être la personne qui peut lui répondre... Ne le laisse pas être trop indépendant.... C'est souvent à recommencer... Cela demande beaucoup! Mais tu trouveras la force et les ressources chère enseignante et maman!

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  20. Je suis une enseignante qui commence sa 34 e année d'enseignement. En lisant votre témoignage je me suis revue il y a deux ans avec ma classe qui avait le même profil que la vôtre. Je me suis mise à boire une coupe de vin dans la semaine pour chasser le stress et à chaque matin , j'essayais de trouver l'énergie de passer au travers d'une autre journée. J'y ai mis toute mon énergie car je les aimais. Et finalement, à la fin de l'année, ils ont réussi même si je me suis occupée de gérer l'essentiel au quotidien. J'étais fière d'eux. L'an dernier, j'ai perdu dramatiquement mon mari et soudain, j'ai réalisé que j'avais mis beaucoup trop de temps dans mon travail et que j'avais oublié l'essentiel c'est-à-dire réaliser que l'homme avec qui je vivais n'allait pas bien. Petit conseil, vivez en dehors de votre métier car enseigner, ce n'est pas tout dans la vie. Il y a plein d'autres belles choses à vivre.

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  21. Bravo Valérie pour ce témoignage d'humilité ! Ben oui, nous ne sommes pas des super-héros, hélas !
    J'enseigne en lycée professionnel depuis ....ouhhh presque 40 ans , avec des jeunes ados en difficultés familiales , sociales et scolaires , et qui n'aiment pas l'école !!
    Et hélas, ou tant mieux, je ne sais pas, je ne suis toujours pas arrivée à me blinder , à prendre le recul nécessaire pour éviter les nuits sans sommeil, à ne pas refaire encore et encore mes cours pour les rendre plus attrayants, plus significatifs pour eux .
    Nous faisons un métier difficile mais tellement source de petites joies , de petites satisfactions, de petites fiertés , quand on retrouve ces petites têtes blondes qui reviennent nous voir et nous remercient de ce qu'on leur a apporté ....
    Pas plus tard que la semaine dernière, je suis sortie de cours en pleurant , oui, à 60 ans bien comptés !!
    Parce que impuissante à gérer le groupe, parce que impuissante à leur donner une quelconque envie d'apprendre ...
    L'institution nous demande des choses parfois infaisables, tant avec les petits qu'avec les plus grands; elle voudrait les ranger dans des cadres dans lesquels ils n'ont pas forcément leur place ; alors il me semble que ce que nous devons faire avant tout, c'est les respecter dans ce qu'ils sont , dans ce dont ils ont besoin , et de leur donner tout ce qui est dans nos capacités ...attention, sans s'oublier nous même , sans oublier notre propre vie, nos propres limites , peut être aussi nos propres enfants qui n'ont pas à pâtir, le soir, des journées que l'on passe avec les enfants des autres !!!
    Je pourrai écrire un livre sur ce métier que je vais quitter et que j'ai beaucoup , beaucoup aimé !
    Garde confiance en toi, dis toi que tout n'est pas gagné d'avance mais que nous avons tout de même une chouette mission !
    Sylvie

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  22. Merci pour ton authenticité, ton partage.

    Valérie, rappelle-toi qu'ils sont privilégiés de passer dans ta classe et chacun, à son rythme, fera sien des valeurs et apprentissages que tu leurs transmets. La bienveillance, la saine fermeté et l'empathie font progresser les enfants, mais souvent à long terme. Toujours faire de son mieux est la clé et une minute à la fois...

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